Depuis 27 ans que je suis prêtre, mettre la soutane n’a jamais été une habitude pour moi. Mon sacerdoce et ma mission de prêtre, je ne les cache pas. Je n’ai jamais eu, non plus, la tentation de les mettre en avant comme un diplôme ou un bonus de supériorité. Aujourd’hui et à l’occasion des fêtes de Brassac et de nos villages, j’ai décidé de m’ensoutaner. Non pour faire de ce vêtement sacerdotal un étendard pour revendiquer quoi que ce soit, encore moins de participer de cette façon-là aux festivités en me déguisant et en singeant un personnage qui n’est pas moi ! La soutane reste un vêtement qui indique ma mission de prêtre, mon sacerdoce, mon engagement et ma vocation, comme les gendarmes ont leur uniforme ou les avocats leur robe noire ! Cette tenue vestimentaire reste un repère très largement reconnaissable par la plupart de nos contemporains, ce qui n’est pas le cas du col romain.
Dans une société qui a perdu nombre de ses repères, le curé du village, avec le maire ou le docteur, en reste un pour les paroissiens comme pour beaucoup d’habitants de Brassac et du territoire. Attentif aux témoignages de bon nombre de frères prêtres qui portent la soutane quotidiennement, je ne peux qu’être frappé par les fruits de ce signe. Le prêtre, qu’il porte une soutane ou non, n’est pas un type genre « super-héros ». Mais quand il montre son sacerdoce, en soutane ou en clergyman dans la rue, ou bien en chasuble à l’autel, il choisit de montrer le service qu’il accomplit, la mission qui lui revient, non pas en raison de ses qualités personnelles, mais en vertu de la grâce spirituelle qu’il a reçu par le sacrement de l’ordre.
Certains regarderont seulement l’emballage et l’accoutrement et critiqueront sans connaître la personne que je suis. Ils colleront immédiatement sur moi une étiquette. D’autres ricaneront ou se moqueront. Beaucoup souriront et salueront une audacieuse ou cocasse initiative. Ceux qui me connaissent personnellement et sont des habitués des fêtes de Brassac comprendront et salueront l’action. Certains seront peut-être perturbés ou scandalisés, comme si en changeant d’apparence, je changeais de foi et m’intégrisais subitement.
Dans beaucoup de lieux plus urbains, des jeunes, des hommes et des femmes retrouvent le chemin de la foi. L’Evangile n’est pas périmé. La foi chrétienne a de l’avenir. Mais ici, à Brassac, le renouveau spirituel se fait attendre dans notre paroisse rurale. Ma vie de prêtre donnée au Christ et à l’Eglise veut être un vivant témoignage de la joie et la fierté que j’éprouve en accueillant l’Evangile et en choisissant de l’annoncer, malgré mes immenses pauvretés et mes grandes limites humaines
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