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Publié par adapté par miniritou

Veillée de Noël

(Adaptation d’un conte de Ruben Saillens)

 

 

SCÈNE 1 : Narrateur / Arthur / Sophie

 

Narrateur: L'histoire que nous allons vous raconter est celle du père Martin. Elle se passe en décembre 1950. Le père Martin n'est qu'un pauvre cordonnier, il habite dans une pièce au rez-de-chaussée d'un immeuble qui fait l'angle de la place de l’église et de la rue de Reims, au cœur de la bastide médiévale de St Sulpice la Pointe. Une seule pièce qui lui sert d'atelier, de salon, de magasin, de cuisine et de chambre à coucher. C'est là qu'il vit : ni trop riche, ni trop pauvre. Assis dans son atelier bien chauffé il répare les chaussures de tout le voisinage. Dehors, la bise souffle et ce vent venant du Nord glace les quelques passants.

Arthur : Salut Sophie, fait bien froid aujourd'hui, je me d'mande s'il ne va pas neiger.

Sophie : Ben quoi c'est normal, on est en décembre après tout.

Arthur : Ben oui.

Sophie : Au fait, t'as pas remarqué que le vieux Martin ne vient plus au café du PMU.

Arthur : Ouais, c'est bien vrai ça. J'crois que c'est depuis qu'il est allé à ces soirées à l'église, tu sais chez le curé.

Sophie : C'est vrai ce que tu dis là, il va à l'église, je n’aurais pas cru ça de lui. Enfin, je trouve qu'il ne va pas trop mal, il rigole un peu plus qu'avant.

Arthur : Tu sais, il n'a eu guère de chance le pauvre vieux, sa femme est morte il y a plus de vingt ans, son fils, parti vivre au Brésil, n'a plus reparu depuis dix ans… Et puis sa fille, il n'en parle jamais !

Sophie : Ouais, il est bien seul…

Arthur : Enfin ! Il fait froid, je me sauve … Le bonjour chez toi !

 

SCÈNE 2 : Narrateur / Martin / La voix

 

Narrateur : La journée passa, le père Martin travaillait assidûment, il réparait galoches et chaussures avec beaucoup de soin.

(Aller prendre le livre sur l’étagère et allumer la bougie)

Le soir venu, le père Martin s'assit sur son lit et ouvrit une vieille Bible qu'il avait jadis reçue de ses parents.

Martin : « Il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie... »

Point de place... Point de place ?!

Pour lui, il y aurait eu de la place iciJ'aimerais bien qu'il vienne me tenir compagnie. Si ce soir le sauveur devait venir, croyez-vous qu'il choisirait ma maisonnette pour y entrer... Quelle joie de le servir et de vivre avec lui !  Mais au fait, pourquoi ne se montre-t-il plus aujourd'hui ? Enfin...

(Il se met à lire)

 « Des mages d’Orient arrivèrent et se prosternèrent : ils lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. »

Tiens, tiens des mages ? Que pourrais-je lui donner ? Oui je lui donnerais ces deux petits souliers... Mais je radote... Comme si mon sauveur avait besoin de ma petite maison et de mes souliers.

(Il se met à lire et s’endort)

La voix : Martin ! Martin ! Martinnnnnn !

Martin : Qui va là ? (en sursaut, mais il ne vit personne).

La voix : Martin ! Tu as désiré me voir, eh bien regarde dans la rue demain, du matin jusqu'au soir, tu ne me verras passer plusieurs fois. Efforce-toi de me voir, car je ne me ferai pas connaître à toi.

Martin : (en se frottant les yeux)   C'est lui ! II a promis de passer ! Alors je l'attendrai ! …  Mais je ne l'ai jamais vu, juste des représentations à l'église… Bah, je vais bien pouvoir le reconnaître !

 

 

SCÈNE 3 : Narrateur / Martin / Le balayeur

 

(Près de la fenêtre, il guette dans la rue)

Narrateur : Tôt le matin, le père Martin est à sa fenêtre pour guetter les premiers passants, le ciel s'éclaira et le père Martin ne tarde pas à voir paraître sur la place le balayeur de rues ; il ne lui accorda qu'un regard distrait tant il était impatient de recevoir chez lui le Seigneur ! Mais, comme il faisait très froid dehors, le père Martin ouvrit sa porte et l’interpella :

Martin : Hé brave homme ! Il fait froid aujourd’hui ! Demain, c’est Noël ! - Entrez, venez vous réchauffer et prendre une tasse de café !

Balayeur : Ce n’est pas de refus, merci... Quel temps de chien ! On se croirait en Russie.

(Le Père Martin fait entrer son hôte mais  reste tourné vers la fenêtre)

Balayeur : Qu'est-ce que vous regardez dehors ?

Martin : J'attends mon maître.

Balayeur : Votre maître ? Votre patron vient vous voir un jour de fête ?

Martin : C'est d'un autre maître que je parle.

Balayeur : Ah !

Martin : Un maître qui peut venir à toute heure et qui m'a promis de venir aujourd'hui. Vous savez son nom ? ...  C'est Jésus.

Balayeur : J'ai entendu parler de lui, mais je ne le connais pas. Où demeure-t-il ?

Narrateur : Le père Martin se mit alors, en quelques mots à raconter au balayeur de rues l'histoire qu'il avait lue la veille…

(ll se tourne vers la fenêtre tout en parlant.)

Balayeur : Alors c'est lui que vous attendez ! A mon avis vous ne le verrez pas comme vous le croyez. Mais c'est égal, vous me l'aurez fait voir à moi. Me prêteriez-vous votre livre ? Je vous garantis que vous n'aurez pas perdu votre temps ce matin. …   (Martin donne le petit livre)

Merci bien pour votre accueil chaleureux ! Au revoir.

Martin : Au revoir.

Narrateur : Le père Martin resta seul de nouveau, front collé contre la vitre.

 SCÈNE 4 : Narrateur / Femme / Martin

 

Narrateur : Au bout d'une heure, ses yeux furent attirés par une jeune femme, misérablement vêtue et portant un enfant dans ses bras. Elle était si pâle, si décharnée, que le père Martin fut ému aux larmes. Peut-être cela le fit-il penser à sa fille ? II ouvrit la porte et l'appela. La pauvre femme entendit cet appel et se retourna surprise.

Martin : Vous n'avez pas l'air bien portante. Entrez vite !

Femme : Je vais à l'hôpital. J'espère bien qu'on m'y recevra avec mon enfant.  Je n'ai plus un sou et je suis malade. Il faut que j'aille à l'hôpital.

Martin : Pauvre femme. Vous mangerez bien un morceau de pain en vous réchauffant. Au moins une tasse de lait pour le petit. (Il regarde l’enfant)  Il est mignon votre petit ! …. Quoi ???! Vous ne lui avez pas mis de souliers ?

(Il chercha les souliers et les met à l'enfant. Il émet un soupir en se séparant de son chef-d’œuvre).

Martin : Je n'en ai plus besoin pour personne maintenant.

 (Il revient à la fenêtre et regarde anxieusement la rue).

Femme : Qu'est-ce que vous regardez là ?

Martin : J'attends mon maître. Connaissez-vous le Seigneur Jésus ?

Femme : Certainement. il n'y a pas si longtemps que j'ai appris mon catéchisme.

Martin : C'est lui que j'attends.

Femme : Et vous croyez qu'il va passer par là ?

Martin : Il me l'a dit.

Femme : Pas possible ! Oh que j'aimerais rester avec vous pour le voir moi aussi... mais il faut que je m'en aille pour l'hôpital.

Martin : Tenez, prenez ce petit livre (il lui tend un évangile), lisez cela attentivement, et ce sera presque comme si vous le voyiez.

Femme : Merci beaucoup. (Il reprit place près de la fenêtre)

 

 

SCÈNE 5 : Narrateur / Martin /Enfant/ La voix/ Tous

 

Narrateur : Les heures passèrent, mais parmi les passants, le père Martin ne vit pas le maître : les jeunes gens, les vieillards, les ouvriers, les ménagères, les grandes dames, tout ce monde passa devant lui. Aux uns, il adresse un salut, aux autres un large sourire… (Pause) Cependant le maître ne paraissait pas. Ses yeux étaient fatigués (pause). Doucement la nuit vint, accompagnée de brouillard. Triste et le cœur lourd, il quitta sa fenêtre et se mit à manger sa soupe…

Martin : C'était un rêve. Pourtant je l'avais bien espéré.

(Martin reprend son livre)

Narrateur : II ouvrit son livre et voulut se mettre à lire, mais sa tristesse l'en empêcha.

Martin : Il n'est pas venu ! Il n'est pas venu ! Il n'est pas venu ! C’est fini, je ne le verrai pas ! Il ne reviendra pas, mon Sauveur …

(Passage de toutes les personnes).

Chacun : Martin, ne m'as-tu pas reconnu ?

Martin : Mais qui êtes-vous donc ?

Enfant : Mais lisez père Martin. (En pointant sur le livre ouvert dans les mains du père Martin).

LE DIACRE :

« Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.

J'avais faim et vous m'avez donné à manger...

J'avais soif et vous m'avez donné à boire...

J'étais étranger et vous m'avez accueilli...

J’étais nu et vous m’avez habillé.

J’étais malade et vous m’avez visité.

J’étais en prison et vous êtes venus jusqu’à moi.

Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Mt 25)

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Madame Monique Vendeville 07/12/2011 11:12


merci pour ce beau conte qui cependant pourrait vivre si nous lui donnions la réalité pour moi Noel eeest vraiement la fête de l''attente cette attente un peu inquiète qui nous fait dire
"est-ce-que je le reconnaîtrais: notre Sauveur !est-ce que je saurais voir son visage et lui ouvrir ma porte ? Au fond Noel c'est Dieu parmi nous.


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

anne marie 29/12/2009 14:40


Phrase de la semaine





 




 




Il existe, au matériel comme au moral, une cote au-dessous de laquelle nous ne devons pas tolérer que vive un être humain. C’est poser en deux lignes tous les problèmes actuels : sous
développement, vieillards, handicapés, travailleurs immigrés - mais, aussi bien, esclavage, prostitution ou trafic de drogue.
Tant que tous les hommes vivants n’auront pas atteint cette cote, tout ce qui permet à nombre d’entre eux, fussent-ils la majorité, de vivre au-dessus de cette ligne n’est pas un progrès
mais un mal.'' Fussent-ils la majorité'' ne constitue donc pas une atténuation mais une circonstance aggravante. Les statistiques rassurantes ne doivent en aucun cas nous consoler, mais
bien plutôt nous accabler, car tout se tient désormais.
Le fait de gagner quatre ou cinq heures sur le trajet aérien de Paris à New York semble n’avoir aucun rapport avec un enfant au gros ventre, dans la brousse, et dont le médecin (s’il y en a
un) se détourne en disant : '' pour celui-là, ce n’est plus la peine… ''
Pourtant, l’ingéniosité et l’argent qu’on a consacré à cela pouvaient, employés autrement, sauver ceci. Celui qui ne veut pas le reconnaître me paraît manquer d’imagination, ou seulement
d’information. Ou peut-être se dit-il que, tôt ou tard, la recherche débouchera sur la brousse et l’enfant au gros ventre. Mais ''tôt ou tard'' est un alibi tragique : quelqu’un meurt de
soif à nos côtés (tout est à nos côtés, maintenant) et nous disons à peu près : Attendez que j’ai fini d’arroser mes rosiers…

Gilbert Cesbron 'Ce que je crois' (Livre de Poche)






anne marie 27/12/2009 13:37


je suis allé a la messe de 6h avant de prendre la nuit,ressenti un message fort
qui ne s'eteindra jamais
pax
merci


Etienne de Solages 26/12/2009 16:45



Ce blog est absolument GENIAL !!!!!
J'ai une question ,
2de mes proche sont entrins de divorcer, comment reagir ???

MERCI D'AVANCE



Miniritou 26/12/2009 21:54



Je ne sais pas trop quoi répondre à ta question. ça dépend les liens que tu as avec ces personnes !
Un divorce c'est toujkours un drame humain même pour celui qui le demande : c'est d'abord un échec et un échec douloureux à  vivre même si un part pour de bonnes raisons apparentes !

C'est une blessure : une personne blessée, c'est d'abord une personne n souffrance à accueillir et à respecter avec sa colère, sa déception, sa blessure !

Je ne sais pas si je peux te répondre plus précisément ?